ad noctum

Chorégraphie, scénographie et costumes Christian Rizzo | Interprétation Kerem Gelebek et Julie Guibert | Création musicale Nicolas Devos et Pénélope Michel (Cercueil / Puce Moment) | Musique additionnelle Arvo Pärt | Création lumière Caty Olive | Images Iuan-Hau Chiang et Sophie Laly | Assistante artistique Sophie Laly | Réalisation costumes Laurence Alquier | Collaboration graphisme tapis de scène Michel Martin | Direction technique Bruno Capodagli | Direction de production-diffusion Anne Fontanesi | Administration de production-diffusion Anne Bautz |

Montage de production Bureau Cassiopée

Production déléguée ICI — centre chorégraphique national Montpellier – Occitanie / Direction Christian Rizzo

Coproduction l’association fragile | le lieu unique – Nantes | TU – Nantes | Centre de Développement Chorégraphique Toulouse / Midi-Pyrénées | Les Spectacles vivants – Centre Pompidou – Paris | Centre chorégraphique national de Tours (dans le cadre de l’accueil studio) | LUX – Scène nationale de Valence | Festival de Danse Cannes | MC2: Grenoble Projet soutenu par le programme In Vivo Electro de l’Académie Manifeste-2015 (collaboration IRCAM / Les Spectacles vivants – Centre Pompidou)

  Photographies ©National Taichung Theater

« L’impulsion de ce projet est avant tout mon envie de réunir Julie Guibert et Kerem Gelebek, interprètes emblématiques de mes créations. Puisant dans le large répertoire des « danses de couples », ad noctum s’inscrit dans une recherche chorégraphique qui tente de redonner une visibilité actuelle à des motifs issus de pratique de la danse populaire et parfois anonyme. Une écriture à la marge du trop plein et au centre de l’invisible, entre cycles tournoyants, jaillissements nerveux et retenues au bord de l’évanouissement. 


À leurs côtés, un totem/monolithe, combinant lumière, son et images s’invite comme troisième protagoniste, porteur d’un langage propre, tout comme caisse de résonance amplifiée aux relations dansées. 


Cette pièce, hommage à l’obscurité, est de nouveau l’occasion d’émettre une partition paysage où la musique cinématique de Nicolas Devos et Pénélope Michel dialogue avec les vibrations lumineuses de Caty Olive et les images de Iuan-Hau Chiang et Sophie Laly. »


— Christian Rizzo – mai 2015

Un mystère pour deux

S’il est heureusement impossible de cerner en quelques mots les multiples sensations qui traversent une création, il reste des fils que l’on peut à petits traits saisir sans retenir. Ce mouvement au courant alternatif agence mystérieusement thèmes, sentiments, gestes. Il s’accorde aux palpitations d’une démarche artistique, aux éléments, matières, relations qui participent d’un spectacle. Dans cet esprit, quelle est donc l’intrigue conduite par les corps et le mouvement dans ad noctum

Il y a toujours des histoires au creux des beautés stylisées qui se révèlent dans chaque pièce de Christian Rizzo, désormais directeur du centre chorégraphique de Montpellier. 

Ad noctum, dès son titre, donne une piste. Un hommage à la nuit. Ce noir profond ouvert à la magie des corps est sans cesse revisité par le chorégraphe grâce aussi aux subtils clairs-obscurs de Caty Olive qui modulent l’espace et sculptent les corps. 

Ad noctum est le second volet d’un triptyque consacré aux formes populaires de la danse et leur usage dans la création chorégraphique. Ce projet a débuté avec d’après une histoire vraie, spectacle créé en 2013 et accueilli à POLE-SUD il y a deux ans. Il revisitait une danse collective masculine issue de la tradition turque et questionnait le sens d’être ensemble aujourd’hui. Avant de projeter au présent sa propre passion pour le clubbing au milieu des années 80, le syndrome ian (2017), l’artiste revient sur un autre élément essentiel de l’histoire du mouvement, le duo, une forme qu’il perçoit comme « le début d’un groupe possible », c’est-à-dire « la nécessité d’avoir la présence de l’autre pour continuer à tenir », voire même pour réenvisager notre capacité à réinventer le monde à deux. 

Ad noctum a été spécialement conçu pour deux interprètes fétiches du chorégraphe, Julie Guibert et Kerem Gelebek – il a créé pour elle en 2007, un hypnotique solo proche du rituel, b.c. janvier 1545, fontainebleau et imaginé pour lui en 2012, sakınan göze çöp batar, performance intime et poétique cousue de nomadisme. Réunis dans ad noctum, leurs pas de deux est traversé de réminiscences à d’autres danses de bal comme la valse ou la polka. Au gré de ces figures revisitées en filigrane, Christian Rizzo joue tantôt l’effacement ou la présence, le contact ou la distance, à la façon du ressac d’une vague qui imprime ses traces par alluvions déposées sur le sable. Le chorégraphe explique être parti d’un « tango appris par cœur et désossé, jusqu’à y faire apparaître des traces de valse et de menuet dont sa composition ressuscite les pas régis par la tension entre points fixes et mouvement de spirale, propres à la danse de couple. » 
 

Hommage à l’obscurité donc, celle « du couple, de la vie, des idées » mais aussi aux affinités humaines, au désir et à l’imaginaire, à l’histoire et au présent, au mouvement infini du temps et de nos humanités.


— Irène Filiberti, POLE-SUD – CDC Strasbourg